Revue des Études Anciennes 50 (1948) pp. 194-5


G. F. Diercks, Tertullianus, De oratione, critische Uitgave, met prolegomena, vertaling, en philologisch-exegetisch-liturgische Commen­taar, Uitgeverij P. Brand. Bussum, 1947, CIV et 312 pages.

La thèse de doctorat que M. Diercks consacre au traité de la prière (De oratione) de Tertullien rappelle, par son importance et ses qualités, l’édition que J. P. Waltzing a donnée de l’Apologétique : c’est dire les mérites de son travail. Souvent, j’ai souligné la nécessité de multiplier les éditions de ce genre : s’il est bon que nous possédions des textes établis avec sérieux, il est mieux encore que s’y joignent des commentaires approfondis.

La bibliographie de M. Diercks (p. 293 et suiv.) montre l’étendue de son information. Je ne suis guère compétent pour juger les considérations d’ordre « liturgiquè », sur lesquelles il insiste avec raison : j’ai l’impression qu’elles sont très solidement établies. Pour le reste, la documentation de M. Diercks est considérable: l’on se plaindrait plutôt de son excès. L’auteur, qui comprend le risque et qui désire alléger son commentaire, renvoie parfois à des ouvrages sans résumer, même de façon sommaire, ce qu’on y trouvera : de la sorte, le lecteur est dans la quasi-obligation de transporter avec lui une bibliothèque; je crois que M. Diercks aurait eu profit à élaguer beaucoup de ses références et à nous donner des détails plus complets à propos de celles qu’il eût conservées. Ses lectures, d’ailleurs, n’étouffent pas sa personnalité : il analyse le texte de près, discute et prend parti; comparaisons constantes avec le reste de l’oeuvre de Tertullien ou avec ses modèles, études de l’organisation des chapitres et du développement de la pensée, fines remarques sur le choix des mots, tout cela est excellent. Avant le texte et la traduction, qui précèdent le commentaire, M. Diercks a placé d’importants prolégomènes sur les manuscrits et sur les éditions anté­rieures à la sienne, sur la prière chrétienne (Pater noster, qui es in caelis...), sur la datation du traité (dans les quatre premières années du second siècle), sur les textes des écrivains chrétiens qui portent sur le même sujet (M. Diercks insiste à juste titre sur le De dominica oratione de saint Cyprien, p. LXXIII et suiv.).

Je reprocherais à M. Diercks de mêler les leçons des deux manuscrits A et D (celui-ci ne donnant le texte qu’à partir du chap. 9) avec les leçons d’éditeurs de dates diverses : il en résulte une impression de confusion, et même de malaise; parfois, la rédaction de l’apparat est obscure (cf. p. 18, au chap. XVII, 4, 1. 12 : abys. A).De plus, c’est un apparat « par prétérition » — ce qui constitue une nouvelle cause d’erreurs et de doutes. — Dans le commentaire, M. Diercks néglige à peu près le style de l’auteur, son mélange de passion et de rhétorique : celle-ci admirable instrument de celle-là. L’omission est d’autant plus regrettable que, s’il est un homme que son style livre à nous — esprit et coeur — c’est bien le fougueux dialecticien de Carthage. Par contraste, M. Diercks s’intéresse beaucoup aux questions de vocabulaire et son apport à la lexicographie chrétienne est important.

Voilà donc un bon ouvrage, savant et pénétrant. Il a le mérite d’attirer l’attention sur un traité trop méconnu de Tertullien; il prouve que rien n’est indifférent, qui vient de ce puissant esprit. Je souhaite que M. Diercks publie d’autres éditions de cette qualité.

H. BARDON.


G. F. Diercks, Tertullianus, De oratione, critische Uitgave, met prolegomena, vertaling, en philologisch-exegetisch-liturgische Commen­taar, Uitgeverij P. Brand. Bussum, 1947, CIV et 312 pages.

The doctoral thesis that Mr. Diercks devotes to the treatise On the prayer (De oratione) of Tertullian recalls, by its importance and its qualities, the edition that J P. Waltzing gave the Apologeticum: i.e. it has the merits of its work. Often, I have underlined the need to  multiply the editions of this kind: if it is good that we have properly established texts, it is better still to add to it a penetrating commentary.

The bibliography of Mr. Diercks (p. 293 and ff.) show the extent of his information. I am hardly qualified to judge the considerations of "liturgical" order, on which he insists with reason: I have the impression that they are very firmly established. For the remainder, the documentation of Mr. Diercks is considerable: one would complain rather about his excess. The author, who understands the risk and who  wishes to reduce his commentary, refers sometimes to works without summarizing, even in a summary way, what may be found there: thus  the reader is under the quasi-obligation to transport with him a library. I believe that Mr. Diercks could have profitably pruned many of his references and given us more complete details in connection with those which he retained. His readings, moreover, do not hide his  personality: he analyzes the text closely, discusses and draws conclusions; there are constant comparisons with the remainder of the work of Tertullian or with its models, studies of the organization of the chapters and the development of the thought, fine remarks on the choice of the words, all that is excellent. Before the text and the translation, which precede the commentary, Mr. Diercks has placed a significant prolegomena on the manuscripts and the editions previous to his, on the Christian prayer (Pater noster, qui es in caelis...), on the dating of the treatise (in the first four years of the second century), on the texts of those Christian writers which relates to the same subject (Mr. Diercks insists rightly on De dominica oratione by St. Cyprian, p. LXXIII and ff.)

I would reproach Mr. Diercks for mixing the readings of the two manuscripts A and D (the latter giving the text only starting from chap. 9) with the readings of editors of diverse dates: the result is an impression of confusion, and even of oppression; sometimes, the redaction of the apparatus is obscure (cf p. 18, with the chap. XVII, 4, 1. 12: abys. A). Further, it is an apparatus "by preterition" — which constitutes a new cause of errors and doubts. — In the commentary, Mr. Diercks neglects the style of the author, his mixture of passion and rhetoric: the former the admirable instrument of the latter. The omission is all the more regrettable that, if there is any man who is given to us by his style  — heart and soul — it is definitely the impetuous dialectician of Carthage. By contrast, Mr. Diercks is very interested in the questions of vocabulary and his contribution to the Christian lexicography is important.  

Thus a good work, scientific and penetrating. It has the merit of drawing attention to a too ignored treatise of Tertullian; it proves that nothing is indifferent, which comes from this powerful spirit. I hope that Mr. Diercks will publish other editions of this quality.

H. BARDON.


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